Le concept de « fausses nouvelles » n’est pas nouveau. Dans les années 1890, ce phénomène s’appelait le journalisme jaune et il s’agissait d’une tactique des éditeurs de journaux cupides pour vendre davantage de journaux en utilisant des gros titres scandaleux (et pas nécessairement vrais).

Aujourd’hui, le principal changement (outre le nom) est le fait que les fausses nouvelles se sont répandues en ligne. Les médias sociaux et les moteurs de recherche sont truffés de théories du complot et de fausses informations déguisées en nouvelles.

Et le pire dans tout cela? Des marques comme Google, Twitter, Facebook et YouTube ne font rien pour empêcher ce phénomène, avec pour conséquence un monde médiatique complexe et difficile à comprendre.

Dans un monde où un nombre important de personnes tirent leur information des sites de médias sociaux comme Facebook (en anglais) (même si le pourcentage exact est contestable), la prévalence des fausses nouvelles a le potentiel d’ébranler notre monde. Un seul article trompeur peut être tweeté, partagé, aimé et ainsi se propager à une vitesse foudroyante autour du monde en quelques minutes. Pensez seulement à la mort de Tom Petty (en anglais) qui a été annoncée avant même qu’il ne meure.

Mais quelle est la solution? Comment pouvons-nous mettre un frein aux fausses nouvelles et qui a la responsabilité de le faire?

Le syndrome « 4chan »

Voici un exemple de comment une de ces entreprises, Google, a dormi au gaz : tout de suite après la fusillade de Las Vegas, un article publié sur un forum reconnu pour son racisme, ses canulars et ses fausses informations s’est hissé au rang des premières nouvelles sur le fil de presse de Google Actualité. Cet article identifiait par erreur un autre homme (innocent) comme étant l’auteur de la fusillade.

La réponse de Google à l’indignation publique provoquée par cette fausse nouvelle? Tout simplement que ses algorithmes faisaient leur travail, mais que l’entreprise prendrait des mesures pour améliorer ces algorithmes dans le futur. Un peu comme si l’entreprise disait « oups, c’est encore arrivé », ce qui n’a pas plu aux utilisateurs d’Internet.

Dans The Atlantic, Alexis C. Madrigal a lancé un appel à Google (en anglais) en lui indiquant qu’« [il] n’est désormais plus suffisant de blâmer le système pour les problèmes simplement parce que les ordinateurs sont impliqués dans la boucle de décision. »

Et cela soulève un excellent point : les entreprises de moteur de recherche et de média social ont-elles la responsabilité morale de protéger la population des fausses nouvelles? Où cette obligation commence-t-elle et où se termine-t-elle?

 

Pourquoi les fausses nouvelles existent-elles?

Les gens créent de fausses nouvelles pour de nombreuses raisons, et nous pourrions ne jamais connaître les motivations derrière certaines d’entre elles. Mais un grand nombre de sites qui se fient à l’achalandage pour attirer des publicitaires utilisent des pièges à clics qui sont si scandaleux que les gens ne peuvent pas s’empêcher de cliquer dessus. Le problème est que ces gros titres ne contiennent pas une once de vérité. Même les gens qui voient ces gros titres et qui ne cliquent pas dessus se souviendront de leur contenu et pourraient perpétuer la fausse nouvelle sans en avoir l’intention.

Considérant la popularité grandissante du contenu généré par les utilisateurs, certains créateurs de fausses nouvelles pourraient se prétendre journalistes sans se conformer au code d’éthique de la profession ou avoir l’expérience d’un véritable journaliste. Ils pourraient ainsi créer du contenu biaisé inventé de toute pièce sans ressources ou matériel pour appuyer les faits qu’ils avancent. D’autres voudront propager leur propre programme raciste ou discriminatoire.

 

Combler l’écart entre les technologies et le bon sens

Ces entreprises du Web ont connu du succès grâce à leurs formidables innovations technologiques. Google a changé le monde tel que nous le connaissons, alors ne devrait-on pas faire preuve d’indulgence envers elle?

Le problème est que ces entreprises en sont venues à s’asseoir sur leurs lauriers technologiques en s’éloignant de l’intervention humaine qui est nécessaire pour maintenir l’ordre sur le Web. Tant qu’il existera des génies de l’informatique qui, soit a) sautent vite aux conclusions et propagent des mensonges, soit b) utilisent tous les moyens nécessaires pour faire croître l’achalandage sur leur site Internet, il faudra que des personnes réelles déterminent quels gros titres peuvent être considérés comme des nouvelles véritables.

Évidemment, il s’agit d’un environnement relativement nouveau et nous ne pouvons pas nous attendre à ce que ces entreprises détiennent toutes les réponses à ce stade. Mais elles peuvent agir rapidement comme l’a fait YouTube lorsqu’elle a découvert que des théories du complot et de fausses informations pullulaient parmi ses premiers résultats de recherche. En conséquence directe des critiques qui ont découlé elle a changé son algorithme de recherche (en anglais) afin de mieux cerner si une source est digne de foi.

Au moins, Facebook, semble réaliser des progrès pour mieux filtrer les nouvelles. Récemment, le géant des médias sociaux a demandé l’aide de Wikipédia (en anglais), une source d’information bien contrôlée, et de ses 133 540 modérateurs, dans le but de réduire les cas de fausses nouvelles sur Facebook. En demandant au public de signaler les articles inquiétants et en fournissant un bouton de renseignement pour voir la description Wikipédia de l’éditeur de la nouvelle, Facebook pourrait aider ses utilisateurs à différencier les nouvelles véritables des fausses nouvelles et ainsi réduire les cas de fausses nouvelles qui apparaissent dans les fils de nouvelles.

 

Quelles sont les responsabilités du consommateur?

En plus de se porter volontaire pour modérer les fils de nouvelles, comme des centaines de milliers de personnes l’ont fait lors de la dernière initiative de Fabebook, quelles sont les responsabilités des gens ordinaires pour faire la différence entre les nouvelles véritables et les fausses nouvelles (en anglais)?

Avant de partager tout article en ligne, assurez-vous que ce que vous voulez partager repose sur des faits.

La première étape est de se renseigner et de ne pas présumer que tout ce qui est publié en ligne est nécessairement véridique. Étudiez le site Internet qui publie la nouvelle. S’il s’agit d’un site reconnu en lequel vous avez confiance comme CNN ou NPR, il y a de fortes chances que la nouvelle soit authentique. Si le site n’est pas connu, cherchez à en savoir davantage. Lisez la page « À propos » et lisez d’autres articles pour avoir une idée des sujets de prédilection de ce site Internet. Est-il sensationnaliste? Contient-il des gros titres que vous trouvez ailleurs?

Si vous n’êtes toujours pas convaincu, regardez les autres résultats de recherche pour le sujet qui vous intéresse. Les nouvelles corroborent-elles cet article original ou trouvez-vous au contraire des données très différentes? Vous devriez trouver plus d’un gros titre qui dit essentiellement la même chose. Si vous en trouvez un qui détonne, il pourrait véhiculer de fausses nouvelles.

 

Qu’en est-il des marques? Que devraient-elles faire?

Les fausses nouvelles commencent quelque part. Parfois, les marques diffusent de fausses informations sans même en avoir l’intention. Un représentant des RP pourrait présenter une idée d’article à un média sans avoir obtenu l’aval de l’avocat de l’entreprise ou fait préalablement approuver une citation qu’il transmet. Bien qu’il ne s’agisse pas ici de fausses nouvelles à proprement parler, ces erreurs peuvent causer un effet d’entraînement une fois qu’elles se retrouvent dans les médias grand public et elles peuvent causer autant de dommages qu’une fausse nouvelle délibérée (et même avoir une incidence sur le cours de l’action [en anglais]).

La solution est de faire preuve d’intégrité et d’authenticité lors des présentations et de la publication de nouvelles de marque. Si vous avez hâte de diffuser une annonce importante, attendez au moins d’avoir reçu toutes les approbations nécessaires avant de le faire. Si votre annonce est faite à la suite d’une nouvelle fracassante comme la fusillade de Las Vegas, il est encore plus important de la rédiger convenablement au lieu de le faire précipitamment, car votre nouvelle risque de générer beaucoup d’achalandage considérant qu’elle sera portée par une nouvelle majeure.

Pour l’instant, les fausses nouvelles ne risquent pas de disparaître. Mais nous, les moteurs de recherches, médias sociaux, consommateurs et marques, avons le pouvoir de collaborer pour trouver une solution afin de réduire la frénésie qu’elles peuvent susciter et trouver une solution intermédiaire sur laquelle nous pouvons nous entendre.

About Nick Bell

Nick Bell est le vice-président des communications marketing chez Cision. Twitter: @nbell94102