Mariellen Ward est une rédactrice canadienne spécialiste des voyages et une conteuse numérique. Elle rédige le blogue primé Breathedreamgo.com. Titulaire d’un baccalauréat en journalisme, elle signe des articles pour des publications en ligne et en format papier de partout dans le monde et partage sa vie entre Delhi et Toronto. Mme Ward fait la promotion des voyages en solitaire au féminin et du tourisme responsable. Bien qu’elle soit née au Canada, elle se considère comme indienne dans l’âme et a baigné dans la culture de l’Inde pendant de nombreuses années.

Mariellen, tea, train in north India

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Décrivez l’une de vos journées typiques

À vrai dire, je tente d’éviter le plus possible les journées typiques!

Cela dit, mon année est divisée en deux. En hiver, je voyage surtout en Inde, mais également dans d’autres pays comme la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Bhoutan et le Sri Lanka. En été, j’aime rester à la maison, au Canada. Je m’occupe alors des tâches ennuyeuses, comme les impôts ou les mises à niveau du site Web, et je fais des contrats à la pige pour gagner de l’argent.

J’essaie de faire au moins un ou deux voyages au Canada pendant cette période. À mon avis, c’est le meilleur endroit où passer l’été. J’aime voyager quand il fait chaud, et j’adore faire découvrir la beauté naturelle du Canada en ligne.

Le seul élément de continuité dans mon quotidien est mon blogue et site de réseau social Breathedreamgo. J’y consacre du temps chaque jour, et si je ne suis pas en train de voyager, vous risquez fort de me trouver devant un écran (celui de mon MacBook Pro ou de mon iPhone).

 

Vous avez abordé des sujets controversés sur votre blogue, comme la sensibilité culturelle et le droit des femmes à voyager seules en toute liberté. Lorsque vous écrivez sur ces sujets, vous appuyez-vous davantage sur votre jugement personnel ou sur votre parcours de journaliste? 

Bonne question! Je possède une formation en journalisme – j’ai obtenu mon baccalauréat à l’Université Ryerson de Toronto –, mais je n’ai pas suivi un parcours traditionnel. Mon style est le récit personnel ou l’écriture créative. En d’autres mots, j’écris en m’inspirant de mon expérience subjective de la vie et du voyage. C’est un choix délibéré, car je ne crois pas vraiment en l’objectivité. Nous filtrons tout à travers notre perception de la vie, et parfois du programme ou du parti pris du média qui publie. Le journalisme soi-disant objectif est nécessaire, mais je le trouve ennuyant.

Je dirais donc que ma formation et mon jugement sont tous deux à l’œuvre quand j’écris. Bien entendu, j’adhère aux règles d’éthique de base du journalisme. Par exemple, je respecte le droit d’auteur et je m’assure de l’exactitude des faits. Ce sont cependant ma passion, mon expérience personnelle et mon sens des valeurs qui orientent d’abord et avant tout mon écriture. Ceux qui rédigent des blogues ont des opinions et une vision du monde à partager.

Par exemple, j’ai répondu aux préoccupations relatives à la sécurité des femmes qui voyagent en Inde dans l’article « India Travel: My top tips for women ». Une frénésie s’est emparée des médias après le viol collectif commis à Delhi à la fin de 2012, et j’ai cru que la meilleure façon d’y répondre était de publier mes meilleurs conseils pour voyager en toute sécurité. Je ne crois pas qu’il faut faire peur aux femmes et leur dire de rester à la maison. Je crois qu’il faut plutôt les encourager à voyager en leur donnant de l’information juste et des conseils pour voyager le plus sécuritairement possible.

Comme rédactrice spécialiste des voyages, je m’efforce de dépeindre un lieu le mieux possible pour que le lecteur ait réellement l’impression d’y être, tout en teintant mes écrits de mon expérience personnelle. C’est un équilibre difficile à atteindre. Il est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît d’écrire un bon récit de voyage.

 

Comment gérez-vous la popularité auprès de deux auditoires nationaux très différents?

Le Canada et l’Inde sont si différents à tellement d’égards! Ma vie est sans contredit divisée entre deux cultures, et j’aime autant l’une que l’autre. Le Canada est un endroit tellement calme, efficace, ordonné et immaculé. Je peux accomplir beaucoup de choses quand je suis ici, et j’aime profiter des grands espaces pendant l’été. Je suis très, très fière d’être Canadienne, surtout en ce moment. Nous sommes porteurs d’un message d’espoir et d’humanité pour le monde entier.

Et que dire de l’Inde… c’est un pays qui m’emballe, m’inspire et me donne de l’énergie. L’Inde est comme ma muse. Je ressens aussi une étrange affinité avec les Indiens et leur culture. Quand je suis en Inde, je me sens vivante, j’ai l’impression de me trouver au bon endroit. Je suis très fière du bon accueil que mon travail a reçu en Inde. En fait, c’est sans doute la chose dont je suis la plus fière. Je suis également fière d’avoir surmonté autant de résistance, de peur et d’insécurité pour parvenir à communiquer mes pensées, mes paroles et mes expériences au monde.

Vous pouvez en apprendre plus sur mes sentiments envers l’Inde dans cet article de mon blogue sur mes voyages en Inde.

 

Quel est le rôle des médias sociaux dans votre travail?

Les médias sociaux occupent une place beaucoup plus importante depuis environ cinq ans. Auparavant, je les utilisais surtout pour attirer des lecteurs sur mon blogue ou pour des raisons personnelles. Plus récemment, les médias sociaux sont eux-mêmes devenus des destinations et des plateformes. Ainsi, une personne peut être considérée comme un influenceur dans le domaine du voyage parce qu’elle compte un grand nombre d’abonnés sur Instagram, même si elle n’est pas présente ailleurs. Ce n’était pas du tout comme ça quand j’ai commencé.

Je suis actuellement très active sur les médias sociaux quand je voyage pour que les gens puissent suivre mes déplacements en temps réel. J’y suis également très active quand je fais la promotion des articles de mon blogue. Le reste du temps, je les utilise pour discuter ou à des fins de perfectionnement professionnel. Il existe une FOULE de groupes Facebook à l’intention des voyageurs et des rédacteurs et blogueurs spécialistes des voyages. Ce n’est pas facile de suivre le rythme de tout ce qui se publie.

 

Vous recevez depuis peu des fonds d’initiatives de publication du gouvernement canadien. Comment vont les choses de ce côté?

J’ai reçu une subvention d’innovation pour les entreprises du ministère du Patrimoine canadien. Il s’agit d’un montant forfaitaire que j’utilise pour remanier complètement mon site Web. La subvention sert principalement à payer mon concepteur de site Web. Il en reste un peu pour bâtir un plan d’affaires et créer du contenu rédactionnel. Je paie mes rédacteurs 50 $ par article. Je sais que ce n’est pas beaucoup, mais c’est le même tarif que Teen Vogue!

L’objectif principal de la subvention est de transformer Breathedreamgo en « périodique numérique à contributeurs multiples ».

 

Quels genres de relations cultivez-vous avec les marques, les professionnels des RP et du marketing?

Je choisis soigneusement les marques avec lesquelles je travaille. Elles doivent aller de pair avec le mandat rédactionnel de mon site, et présenter un intérêt pour mon auditoire. Je veux que chaque partenariat soit profitable. Je m’assure également que les professionnels des RP et du marketing ne teintent pas ma voix ou mes relations avec mes lecteurs et mes abonnés.

Je trouve dommage que si peu d’agences savent vraiment comment travailler avec des « influenceurs », quoique la situation semble en train de changer. Je leur explique très clairement que ma liberté journalistique et mes opinions ne sont pas à vendre : je ne fais pas de publireportages. Je précise désormais dans les contrats et les ententes qu’aucune ingérence dans le contenu rédactionnel n’est permise.

La nouvelle version de Breathedreamgo que je m’apprête à lancer aura moins les allures d’un blogue. Elle ressemblera plus à un site consacré aux voyages et accordera une plus grande place au contenu marketing. Je peux donc prédire que je serai appelée à collaborer beaucoup plus avec des professionnels des RP et du marketing.

 

Quel est votre principal conseil aux responsables des RP?

Ne négligez pas les personnes qui se sont investies corps et âme pendant des années pour bâtir une plateforme en ligne. Si vous ne l’avez jamais fait, vous ignorez tout le temps, l’énergie, le talent et les compétences nécessaires pour y parvenir.

Accordez de l’importance à notre temps, notre expertise et notre connaissance de l’auditoire. En d’autres mots, soyez prêts à payer un juste prix pour les livrables auxquels vous vous attendez. Enfin, ne vous ingérez pas dans le mandat, le contenu rédactionnel ou la relation avec l’auditoire : ce sont des intouchables.

Si seulement vous pouviez voir ma boîte de courriels. Je suis toujours étonnée par ceux qui pensent que je serais heureuse de faire gratuitement la promotion de leurs produits. Ou encore par ceux qui croient que je prendrai le risque de me mettre mon auditoire à dos et de « tuer la poule aux œufs d’or » pour faire passer leur message marketing.

Il faut comprendre que les gens me font confiance et me suivent en raison de mon indépendance et de ma voix. J’ai mis des années à bâtir ma crédibilité et à gagner la confiance des lecteurs, et je ne veux pas risquer de tout perdre en un instant. Aux professionnels du marketing et des RH, je conseille donc d’accorder de la valeur à mon travail et de m’aider à le préserver. C’est dans l’intérêt de tout le monde.

Lorsqu’une marque appose son logo sur le chandail d’une athlète, elle ne s’attend pas à ce que l’athlète fasse autre chose que ce dans quoi elle excelle, c’est-à-dire pratiquer son sport. J’aimerais que tous les professionnels du marketing et des RH traitent les influenceurs de cette façon. Laissez-moi faire ce que je fais le mieux : raconter mes voyages. Faites-moi confiance, et payez-moi convenablement.

 

Quel site Web consultez-vous en premier le matin?

Facebook. J’aime savoir ce qui se passe dans la vie de mes amis et de mes collègues aux quatre coins de la planète. C’est une vraie drogue… Viennent ensuite Twitter, puis Instagram.

 

Outre le vôtre, quels blogues lisez-vous le plus?

Je suis tous azimuts. J’aime naviguer sur le Web et découvrir des blogues et des sites Web. Si j’ai envie de rire, je visite parfois Bored Panda; si je recherche une lecture plus profonde, je me tourne vers Brain Pickings. Il existe d’excellents blogues de voyage. Mon préféré est The Shooting Star, de la blogueuse voyageuse la plus populaire de l’Inde, Shivya Nath. Je suis également une lectrice de longue date du blogue Uncornered Market de Dan et Audrey. Ces blogueurs et d’autres m’inspirent, car ils mettent la barre toujours plus haut. Du côté des sites spécialisés en voyages, j’aime BBC Travel, Roads & Kingdoms et National Geographic Traveller.

 

Quelle est votre boisson préférée?

Un thé chai, bien sûr! Quelle autre réponse pouviez-vous espérer d’une rédactrice spécialiste des voyages et blogueuse qui passe la moitié de l’année en Inde?

About Elisabeth Gill

Elisabeth Gill est un spécialiste, développement de l’auditoire à Cision.