Vous pensez qu’il est actuellement difficile de rejoindre des clients par l’intermédiaire de la télévision? Imaginez ce qui se produirait si 15 000 opérateurs, producteurs et autres professionnels de la télévision ou de la radio se retrouvaient au chômage et que les entreprises pour lesquelles ils travaillent tombaient en faillite. Voilà le scénario présenté par une première étude en son genre, Canadian Television 2020: Technological and Regulatory Impacts, menée par la firme Nordicity. L’étude se concentre sur les règlements que l’ancien gouvernement conservateur a adoptés après avoir fait pression sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, un organisme indépendant, pour apporter des changements sur la façon dont les consommateurs achètent les produits de la radio et de la télévision.

Selon les nouvelles politiques qui prendront effet en mars 2016, les radiodiffuseurs canadiens, tels que Bell et Rogers, seront obligés de séparer leurs groupes de chaînes, ce qui permettra aux clients de sélectionner eux-mêmes les chaînes qu’ils veulent et celles qu’ils ne veulent pas. Si cette mesure a été définie dans le but de réduire les coûts et de donner plus de liberté aux consommateurs, le coût pour le marché de l’emploi ne doit pas être négligé. En 2015, la suppression des câbles et la diffusion numérique ont été en partie mises en cause pour les pertes de 400 emplois chez Bell Canada et la faillite de  CHCH News.

IanMorrison.PatricTam-300x199Friends of Canadian Broadcasting (Les amis de la radiodiffusion canadienne), un des commanditaires de l’étude, a mis l’accent sur le fait que ces changements auront un impact négatif sur la capacité des radiodiffuseurs et fournisseurs d’actualités canadiens à créer du contenu.

« Il est question de l’identité canadienne, de la démocratie canadienne et de la quantité des renseignements auxquels les Canadiens ont [accès] », a déclaré le porte-parole, Ian Morrison.

Une perte de 1,5 milliard de dollars dans le secteur d’ici 2020

La loi canadienne actuelle sur la diffusion stipule qu’un certain pourcentage des médias de radiodiffusion canadiens doit être partagé par les radiodiffuseurs par le biais des ondes, une mesure qui nécessite l’emploi de milliers de professionnels des médias qui créent des émissions de télévision pour répondre à ce besoin. Selon la nouvelle politique concernant les chaînes de télévision dégroupées, les radiodiffuseurs sont seulement tenus de mettre à disposition des chaînes canadiennes. Toutefois, si personne ne s’abonne à une des chaînes proposées, il n’y a aucune obligation à créer du contenu de radiodiffusion.

nordicty-miller-chart-english.001Résultat :  une réduction des revenus publicitaires et du personnel nécessaire pour la création de contenus.  Selon l’étude, outre les pertes d’emplois, l’impact sur le PIB de l’économie canadienne est estimé à une perte de 1,5 milliard de dollars.

Si elle mentionne également que certaines pertes d’emplois et baisses de revenus seront provoquées par des progrès technologiques inévitables provenant de services comme Netflix, l’étude stipule aussi que les changements apportés par la politique ne feront qu’accélérer considérablement cet effet. Chaque année, le secteur enregistrera une perte de 400 millions de dollars et de milliers d’emplois.

Une dépendance accrue sur les chaînes étrangères de diffusion d’actualités

« L’actualité est omniprésente dans toutes sortes de contenus diffusés, des  émissions de variétés aux séries dramatiques », explique Ian Morrison. « De ce fait, ce qui affectera les radiodiffuseurs aura également un effet sur les programmes basés sur l’actualité. »

L’actualité et le sport sont uniques, car leur valeur décline rapidement auprès du public. En effet, il y a peu d’intérêt à regarder de vieilles nouvelles ou un match dont vous connaissez déjà le pointage final. D’après Ian Morrison, cela risque de réduire la qualité des reportages, le nombre de nouvelles canadiennes produites et augmenterait notre dépendance aux sources d’informations étrangères en temps de crise.

Rien n’est figé

L’étude a émis des recommandations, comme le rejet de certains aspects des exigences de dégroupage afin de réduire jusqu’à 75 % l’impact négatif auquel le secteur est confronté.

« Il suffirait d’une lettre du nouveau gouvernement au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes [qui applique la loi canadienne sur la radiodiffusion] demandant de réviser la politique », explique Ian Morrison.

Avant que le gouvernement adopte le règlement, des représentants se sont entretenus avec le CRTC lors d’une réunion appelée Let’s Talk TV en 2013 pour recueillir les idées du public afin d’établir les nouvelles politiques. Le gouvernement n’a mené aucune étude officielle sur les impacts de ces changements sur les emplois et l’économie.

En tant que professionnels des communications, les pertes de temps d’antenne et de téléspectateurs peuvent avoir une incidence sur notre capacité à répondre aux mandats des clients. La capacité d’une marque ou d’une agence à créer du bon contenu numérique deviendra donc de plus en plus précieuse.

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